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Un baiser vaut mieux que 10 'je t'aime' (1/2)

De l'art de se dire 'Adieu'

· Couple international,Poésie,Récits

Fièvre soudaine, aphonie totale, et amant éploré: mes retours en France suivent un curieux schéma

Depuis 2013, j'alterne de longs séjours en France puis au Japon, sans jamais vraiment savoir si mes retours seront définitifs ou non. Ceux d'entre vous qui ont un peu voyagé le savent, on devient vite un pro des séances d'adieu.

Les "au-revoir" en disent long sur une relation. Certains sont courts, intenses et gorgés de bonne humeur. C'est le signe d'une amitié solide et sans complexe. L'esprit léger de ceux qui savent qu'ils se retrouveront ici ou ailleurs, dans trois mois ou trois ans, et que rien n'aura changé. Certains sont déchirants, font couler des torrents de larmes et vous cassent la voix, mais causent une tristesse aussi intense qu’éphémère. D'autres au contraire sont un poids immense que l'on traîne sans parvenir à s'en soulager. Il suffit d'une chanson, d'une odeur ou d'un mot pour que, des mois après, ils viennent vous transpercer le cœur de nostalgie et de souvenirs doux-amer. Il y a enfin les adieux polis et fugaces, qui sonnent en douceur la fin d'une rencontre cordiale et agréable.

Août 2014, les dix jours avant la fin de mon échange universitaire à Kyoto étaient infernaux : carte bleu bloquée par erreur, plus un sou en poche, une angine terrible et les amygdales de la taille d’un onigiri… et surtout, après deux mois d’une relation idyllique, la mise à mort prématurée de mon amour d’été.

Jardin Japonais à titre indicatif

Kakkoi-kun était le fils d’un marchand d’antiquités et d’une veille famille de Kyôto. Un kilo de laque, les cheveux teints noisette, et un défilé de mode permanent. Il suffisait de voir sa maison et son splendide jardin japonais pour comprendre le peu d’intérêt qu’il portait aux études et au travail. Il faisait partie du microcosme d’une jeunesse Kyotoite désœuvrée et à l’abris du besoin, tiraillée entre une envie d’évasion et l’attachement au confort de la douce vie de l’ancienne capitale.

Kakkoi-kun et le French Moyashi à Osaka, Japon

Notre liaison était explosive: fugace et intense, passionée. Pourtant, j’ai passé les derniers instants contagieux et aphone. Toute tentative de dire un mot ne laissait s’échapper que des sons sourds et graves. Kakkoi-kun se moquait de ma voix ‘Husky’ - ce qui contrairement à ce que je pensais n’a rien à voir avec les chiens de traîneau, mais désigne une voix rauque et sexy. Ou bien encore, au téléphone, ma “voix qui donne envie de dormir”. Selon lui, pas parcque que je l’ennuyais à mourir, mais parce qu’elle était douce et mielleuse.

Quand Kakkoi-kun m’a emmené à l’aéroport international du Kansai pour que je rentre en France, je n’ai fait que pleurer. Dans la voiture, dans ascenseur, à enregistrement des bagages, à la douane et jusqu’à dans l’avion. Je pleurais. Ces adieux muets et ponctués d’éternuement étaient le comble du pathétique. Trois mois après, j’aurais tourné la page du brave Kakkoi-kun. Mais à cet instant, je pleurais, et pleurais encore.Si bien qu’à l’arrivée à mon transit de Dusseldorf, le vieil homme inconnu assis à mes côtés, qui m’avait sans doute confondu ma peau blanchâtre pour celle d’un allemand, m’a regardé droit dans les yeux et m’a adressé ces deux mots bienveillants: “Viel Glück!”.

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